ABER WRAC'H - FREERIDE DE LEGENDE
Dure, escarpée, découpée à l'extrême, la côte Nord Ouest du Finistère
cache pourtant un royaume, celui des freerideurs. Si vous cherchez un spot pour vous tirer des bords dans une ambiance lagon,
sans décalage horaire ni avion, pas une hésitation, direction l'Aber Wrac'h.
La région des Abers prend à chaque nouvelle marée
un visage différent. Changement de couleurs du ciel et de l’eau,
cette portion du littoral breton porte le doux nom de «côtes
des légendes ». Le titre n’est pas usurpé, les multiples
recoins de l’Aber Wrac’h où vous glisserez votre aileron se prêtent
facilement au mystère…
Tolente, riche cité détruite par les Normands en 875,
résidence du roi Judicaël, serait là, quelque part sous
nos straps, prête à resurgir à tout moment. Mieux encore,
en une nuit, Satan himself aurait construit un pont au fond de l’Aber pour
un meunier en échange de son âme. Mais ce dernier aurait tenté
de lui refiler un vulgaire chat et le diable aurait carrément pété
les plombs, détruisant le pont qu’il venait de construire.
Rigolez... Tolente, personne ne l’a vue.
Mais les restes du pont du diable sont bel et bien là…
Un faux air de lagon calédonien
Sur l’eau l’Aber Wrac’h est
l’un des plus purs joyaux du freeriding en France. Ajuster vos ailerons, préparez vos flotteurs de slalom ou de freeride, étarquer vos voiles et laisser tomber les contes de grand-mère.
Par vent de Nord/Est, principalement de mai à septembre, le
thermique y souffle plus fort qu’ailleurs et la baie s’ouvre à vous
pour une découverte totale. A la sortie de l’Aber, au pied de l’Ile
Vierge, l’eau parfaitement lisse prend des couleurs turquoises. C’est en
toute sécurité que l’on affronte l’océan sous les
feux du plus grand phare d’Europe(82m50). Ici, par grand beau temps (Sudistes
ne riez pas, cela arrive plus souvent que veulent bien le laisser croire
les prévisions météo), les lagons et le sable blanc
donnent au nav’ bretonnes des couleurs calédoniennes, avec une eau
un poil plus fraîche certes mais tout aussi limpide. Les trois roches
majestueuses à l’Ouest de l’Ile Vierge marquent le début
de l’océan et donnent le signal d’un demi-tour obligatoire pour
les moins aguerris. Même si, au large, les courants aplatissent l’eau
et rendent la houle confortable, ces mêmes courants sont très
violents et peuvent transformer une sortie « outside Aber »
en vraie galère.
Même si vous avez le niveau, éviter
donc de vous aventurer seul au large.
Une eau plate et douce comme les fesses d’un bébé
Pendant votre navigation, faites une halte sur l’Ile de Stagadon. Le
père Jaouen y a construit un refuge de pierres où il offre
l’hospitalité à des jeunes sortis du circuit social et qu’en
d’autres lieux moins iodés on nomme «sauvageons »… Le
sable blanc et lumineux rappelle les Glénan, la perle freeride
du Sud-Finistère. Revenez ensuite plein pot dans l’Aber Wrac’h avec
passage devant Fort Cézon, massive construction de granit des années
Vauban. Accélérez ensuite sur une eau plate et douce comme
les fesses d’un bébé.
Dès que les dépressions atlantiques amènes leurs vents de Sud/Ouest
à Nord/Ouest, le ton change. L’océan a une fâcheuse
tendance à se déchaîner et il ne fait plus bon s’aventurer
dans le grand large. Par contre, dans l’Aber, même avec 40 nœuds,
on reste à l’abri et le plan d’eau se transforme en un excellent
spot de freeride où l’on peut se lâcher dans des jump full
speed. Rentrer donc au cœur de l’Aber, un jibe à donf autour du
Bel Espoir, superbe vieux gréement et figure de proue de l’Aber
Wrac’h. Après être repassé devant la Baie des Anges,
vous pourrez même balancer quelques loops dans le chenal de sortie
de l’Aber, histoire
d’épater les stagiaires de l’UCPA.
Mauvais souvenirs
Que ce soit pour une planche ou un méga tanker, il ne fait pas
bon traîner par gros temps aux abords de l’Aber. Un soir d’été
1978, le tristement célèbre Amococadiz se planta sur la roche
bretonne de Portsall à quelques kilomètres au large. La tradition
en quelques sortes, puisque le pays est connu pour ses échoueurs
et autres pilleurs d’épaves qui sévissaient au début
du siècle. L’étude des archives ne laisse planer aucun doute
sur les risques du coin. Plus de 200 épaves jonchent les fonds à
l’entrée des Abers. D’ailleurs, l’océan rejette parfois quelques
restes. La tradition veut qu’un objet échoué sur lequel un
caillou est posé ait déjà trouvé son propriétaire.
Don’t touch ! Vous attireriez les foudres des «breiz Punishers ».
En tout cas, rassurez-vous, si la marée noire a laissé à
tous un souvenir indélébile, de rares traces sont seulement
visibles sur quelques roches à marée basse.
Ce morceau d’océan au
cœur des terres bretonnes ne connaît pas de limite et il n’y
a guère que le vent du Sud ou Sud/Est qui puisse poser des problèmes
au novice effrayé par le vent de terre et le grand large. Pensez
aussi à la marée basse. Car si par petit coefficient, cela
passe à peu près partout, par fort coef, au fond de l’Aber,
il n’y a quasiment plus d’eau ! Avec l’expérience, l’œil s’habitue
aux changements de couleur de l’eau. Un conseil : surveillez les cailloux
qui surgissent au rythme de la houle et de la marée. A moins que
cela ne soit le diable qui fasse à nouveau apparaître la ville
riche de Tolente devant le nose de votre planche…
Photos Julien Ogor
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